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Les travestis d'un photographe français font sensation à Buenos Aires

Auteur : Éloïse Bouton
Date de publication : 20/01/2010

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Une fois franchi le portail du Bois de Palermo, des créatures à moitié nues apparaissent à la lumière des phares : "Je ne suis pas un client comme un autre", prévient le photographe Robinson Savary, dont l'exposition "Los Raros" ("Les Etranges") fait sensation à Buenos Aires.

"J'ai su tout de suite, en les voyant, que je
ferais des photos avec elles", dit ce Français de 40 ans, également
metteur en scène, venu pour la première fois sur les lieux en repérage
pour son prochain film.




On entend :
"Robin !". Il descend du taxi, échange quelques mots avec l'une d'entre
elles, puis regagne son siège. "Je veux montrer leur vérité, explique
le photographe. Mais je sais qu'elles resteront masquées, car chacune
s'est créé un personnage".




Mikaela
di Stefano, Stefania, Carolina, Wanda, Sayuri, Laura, Sayra, Naty,
Daniela Miller, Brisa, toutes des travestis, savent que leurs
portraits, exposés au prestigieux Centre Jorge Luis Borges, font du
bruit dans la presse. La mairie de droite de Buenos Aires vient de
déclarer l'exposition "d'intérêt culturel".




La
voiture s'arrête, monte Stefania, dite "La comtesse", 37 ans, cheveux
longs et visage grave, venue de Mendoza, à la frontière du Chili, puis,
un peu plus loin, Sayuri, 23 ans, péruvienne pleine d'humour. Sans leur
complicité, Savary aurait difficilement réalisé son projet.




"Il
s'est présenté comme artiste et à distribué des cartes de visite",
raconte Sayuri. Ce soir-là, elles étaient rassemblées car il y avait
des rumeurs selon lesquelles on cherchait à les chasser du Bois.




"Cette
exposition peut être pour nous une opportunité", reprend Stefania.
"Nous voulions nous mettre en scène, mais lui voulait que nous restions
telles quelles", dit Sayuri, choisie par le photographe comme
"conservateur de l'exposition". "Robinson s'est vite adapté, il a su se
mettre à notre place", dit-elle.




Il
y a deux ans, Robinson Savary a quitté Paris pour Buenos Aires. Il
cherchait de l'inspiration pour un long-métrage en préparation : "Lady
Doll", un thriller entre Tokyo et la capitale argentine.


Ce
n'était pas un hasard : son père, le directeur de théâtre Jerôme Savary
est né à Buenos Aires, de même que son parrain, le dessinateur et
dramaturge Raul Damonte, dit "Copi" (1939-1987), auteur de la "La femme
assise". Le titre de l'exposition, il le doit à un autre artiste
argentin, Raul Escari.




Le Bois de
Palermo est lui-même un miroir du Bois de Boulogne parisien, dont s'est
inspiré le paysagiste français Charles Thays (1849-1934), devenu
directeur des parcs et jardins à Buenos Aires : même lac, mêmes
roseraies et mêmes travestis. A Buenos Aires, ils sont environ 400.




La voiture continue de tourner. Stefania et Sayuri reviennent sur les commentaires laissés sur le livre d'or de l'exposition.




Il
y a bien sûr quelques dames de la bonne société auxquelles le sujet "ne
plaît pas du tout". Mais la plupart sont très élogieux : "Les Etranges
? On devrait appeler cette exposition plutôt +Les personnes+", a écrit
l'un d'entre eux. "Ne sommes-nous pas tous étranges ?", renchérit un
autre.

Mis à jour : 20/01/2010

Credits photos : AFP - Juan Mabromata

Sources : AFP

Copyright : UNIVARTS © 2010 - Tous droits réservés

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