Auteur : Éloïse Bouton
Date de publication : 08/01/2010
On prend les mêmes ! Deux ans après la vive polémique qui les a opposées autour d'accusations de plagiat, les romancières Marie Darrieussecq et Camille Laurens reviennent sur l'affaire, chacune dans un livre. Entre rancune tenace et cicatrices douloureuses.
Marie Darrieussecq, 41 ans, une quinzaine de
livres publiés depuis "Truismes", best-seller inattendu en 1996.
Camille Laurens, 52 ans, une douzaine de romans au compteur depuis
"Index" en 1991.
Sans oublier Marie
NDiaye en toile de fond, la lauréate du Goncourt 2009, qui a, la
première, accusé Marie Darrieussecq de "singerie" en 1998, lui
reprochant de s'être inspirée de deux de ses livres pour l'un de ses
romans.
"Trois femmes puissantes" qui ne mâchent pas leurs mots, mais au contraire les affûtent et visent là où ça fait mal.
Août
2007 : Marie Darrieussecq raconte à la première personne dans "Tom est
mort" la mort d'un enfant de quatre ans. Camille Laurens l'accuse de
"plagiat psychique" et lui reproche d'avoir piraté l'un de ses livres,
"Philippe", dans lequel elle racontait le décès de son propre fils en
1995.
Devant la virulence des
propos, leur éditeur commun, Paul Otchakovsky-Laurens, le patron des
éditions P.O.L, décide de ne plus publier Camille Laurens.
Deux
ans plus tard, Marie Darrieussecq n'a pas décoléré. Accusée deux fois
de plagiat, elle publie un long essai intitulée "Rapport de police.
Accusations de plagiat et autres modes de surveillance de la fiction"
(P.O.L).
"Il y a des moments où il faut se mettre en colère, par survie", clame-t-elle dans une interview à L'Express.
"Quand
Marie NDiaye m'a accusée en 1998, je sortais du succès de +Truismes+.
Je la connaissais un peu. A la suite de bisbilles personnelles, qui
passaient essentiellement par son mari, elle a été prise d'une jalousie
féroce", explique-t-elle cette fois dans le Nouvel Observateur.
Et
elle en a autant pour Camille Laurens : "Quelle outrecuidance de
s'imaginer au centre de mon roman, de penser que j'ai écrit ce livre en
pensant à elle et pas à ma mère".
Camille
Laurens revient pour sa part sur l'affaire, dans "Romance nerveuse",
chez son nouvel éditeur, Gallimard : une femme écrivain, débarquée par
sa maison d'édition, a une brève liaison avec un paparazzi pendant des
vacances à Djerba. Mais c'est de la rupture avec son éditeur depuis 17
ans qu'elle a le plus souffert.
"Toutes
ces femmes rendent un très mauvais service à la littérature des
femmes", déclare Marie Darrieussecq dans L'Express, rappelant que
l'écrivain britannique Daphné du Maurier ("Rebecca") a elle-même été
accusée de plagiat par deux femmes en son temps.
Au-delà
des fâcheries d'intellectuelles - Darrieussecq et Laurens sont toutes
deux agrégées de lettres -, la polémique confronte deux idées de la
littérature. "Quand on écrit, on est constamment sous influence (...)
J'écris parce que j'ai lu, non parce que j'ai ressenti des choses dans
mes tripes", soutient Marie Darrieussecq. Camille Laurens, elle, se
dévoile en finesse dans ses romans.
Mis à jour : 08/01/2010
Credits photos : AFP/Archives - Filippo Monteforte
Sources : AFP
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