Auteur : Éloïse Bouton
Date de publication : 26/10/2009
Quand vous allez voir un spectacle, il faut savoir que l'organisation de l'événement se prépare en amont depuis plusieurs heures voire plusieurs jours. Les techniciens du spectacles constituent une véritable fourmillière humaine qui officie dans l'ombre. Le but ? Offrir un spectacle digne de ce nom au public qui s'est déplacé et des conditions techniques optimales aux artistes qui se produisent sur scène. Arnold Chartier nous éclaire sur ce métier obscur, socle de l'édifice de l'industrie du spectacle.
"Je suis rigg, scaff, road, lighteux et climber", explique Arnold Chartier. Pas de panique ! Ce déluge de mots abscons et cette terminologie anglo-saxonne font référence aux diverses tâches que des techniciens du spectacle peuvent être amenés à effectuer. Mais qui sont-ils et que font-ils concrètement ? Le roadie ou road charge et décharge le matériel des camions et le monte/démonte sur scène. Le scaffolder (scaffold = échafaudage) monte les échafaudages sur lesquels sont accrochés des lumières, du son ou des décors. Le climber (grimpeur) quant à lui monte des structures conçues pour accrocher les moteurs qui soulèvent les ponts. Enfin, le rigger (gréeur) accroche les moteurs. Tout ce petit monde s’occupe de mettre en place l’environnement technique nécessaire à la réalisation d’un spectacle vivant ou d’une manifestation publique (théâtre, danse, concert, festivals, conférences, séminaires…). Depuis 1992, Arnold, 37 ans, évolue uniquement dans le milieu de la musique, par choix. "Ce n’est pas moi qui ai choisi cette profession, mais cette profession qui m’a choisi car j’étais passionné de musique".
Alors âgé de 20 ans, Arnold abandonne ses études à Estienne (École supérieure des arts et industries graphiques à Paris) pour travailler au Théâtre du Ranelagh dans le 16ème arrondissement de la capitale. "J’ai tout de suite été intéressé par les lumières car il y avait une corrélation avec le dessin". Cette expérience le conduit à effectuer une formation son et lumière puis à être embauché en tant que régisseur lumière à l’Arapaho, salle de concert parisienne. Il y reste deux années au cours desquelles il conçoit les créations lumière de groupes avec lesquels il tourne (DSB, Call Us As You Wish !, Elephant System...), travaille comme roadie en France et réalise des fresques dans des squats, des bars et des clubs à Londres. Son goût du dessin le pousse à faire un stage de peintre de décors au CFPTS (Centre de Formation Professionnel des Techniciens du Spectacle) et à élaborer des backdrops (toiles de fond, décors) pour divers groupes (Oberkampf, Forest in Blood).
Puis cap sur Montréal où il jongle entre créations lumière (Strike Nine) conception de décors et paysagisme. De retour à Paris deux ans plus tard, Arnold fait la lumière de la rappeuse Bams et obtient un livret d’autorisation de conduite d’appareils de levage et un visa d’aptitude au positionnement et déplacement sur cordes, lui permettant de grimper dans les structures et de travailler en hauteur. Il passe également un CACES (Certificat d'Aptitude à la Conduite en Sécurité) de nacelliste. "J’aimerais refaire un stage sur les nouvelles consoles asservies car tout évolue très vite techniquement parlant", raconte Arnold. Même s’il se réjouit de l’absence de routine et de la richesse humaine de son travail, il souligne la pénibilité physique et les horaires décalés qu'induit la profession.
En 2006, lors d’un concert de George Michael au Stade de France, Arnold reçoit un marteau tombé de quinze mètres de haut sur la tête. Ce jour-là, il ne porte pas de casque de protection mais s’en tire. Pour éviter ce type d’accident, les techniciens doivent faire preuve de prudence et se munir de chaussures de sécurité, gants, casque et harnais pour pallier aux risques du métier. Malheureusement, ils demeurent fréquents, comme l’a rappelé l’accident lors du montage du concert de Madonna au stade Vélodrome de Marseille au mois de juillet qui a coûté la vie à deux techniciens et en a blessé huit autres.
Pour ceux qui ne sont pas refroidis par ces risques, il existe aujourd'hui un baccalauréat professionnel de technicien du spectacle. Les titulaires du diplôme peuvent ensuite évoluer vers des postes de régisseur technique (bac+2) et directeur technique. Cependant d'après Arnold, "il n'existe pas de formation type pour devenir technicien du spectacle. Tous les gens que je côtoie dans mon travail ont des parcours différents mais tous aiment la musique !" La rémunération du technicien du spectacle dépend de son statut : alors que les intermittents sont payés à la prestation (en moyenne 120 € net), la rémunération des techniciens débutants en poste fixe varie en fonction de l’employeur (du SMIC à 1 500 € bruts mensuels).
Mis à jour : 22/08/2010
Credits photos : Arnold Chartier
Remerciements : pylacamping, S.H.
Sources : Répertoire national des certifications professionnelles, ADAMS Formation
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