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Batlik

Utile... et agréable

Auteur : Marie AGUETTANT
Date de publication : 08/12/2007

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Allez voir Batlik en concert. Allez le voir et vous me direz si vous avez eu la même impression que moi, celle que j’ai eue au bout de quelques instants. Ce sentiment de le connaître, de regarder jouer un pote, un bon pote. Peut-être parce que ses textes comme sa musique vous touchent d’emblée, parce qu’il parle de la vie, de notre vie, en tout cas de celle d’une bonne majorité d’entre nous. Il n’aborde pas vraiment les meilleurs moments il faut dire, mais ils font partie de ceux qui vous touchent, vous marquent, et vous consternent parfois. Enfin il parle d’amour aussi, avec une sensibilité presque feinte, mais palpable, oh! oui .  Entre deux chansons, Batlik intervient, avec humour, sincérité, sans fioriture, raconte parfois quelques petites histoires (drôles !) et parle de saumons et d’hommes. En tournée actuellement à l’occasion de la sortie de son quatrième album en quatre ans ( !), Utilité, et après avoir écumé les bars parisiens pendant cette même période, on lui en trouve une d’utilité justement, celle de toucher les gens, et ce n’est pas la moins négligeable …

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Utilité, ton dernier album, n’est pas tout "rose", il n’est pas toujours très tendre, notamment envers notre société, de tierces personnes et même toi. Est-ce pour toi une sorte de catharsis que d’avoir écrit cet album et d’en interpréter les chansons sur scène ensuite ?

Ouais … Je ne me pose pas la question en termes de thèmes lorsque j’écris. Les trois premiers albums étaient  un peu dans la même veine. J’ai plus de facilité à parler de ce qui provoque en moi  des sentiments, comme la peur, la haine, la rancœur, la tristesse, que des sentiments comme la joie de vivre et la gaieté. En même temps j’ai l’impression qu’en prenant de l’âge, non pas que je sois très vieux, je commence à m’intéresser, de fait, à des choses un peu plus positives. Je pense qu’il est important de garder un esprit de rébellion mais aussi d’essayer de cultiver le plus possible une tranche d’optimisme, sans quoi on peut très vite tomber dans un pendant qui peut ne pas être forcément très créatif. Mais je trouve que des sujets comme la peine ou la douleur peuvent représenter un panel artistique et poétique plus large que la gaieté. Finalement il y a peut-être plus de peines différentes, que de plaisir. On est un peu tous les même quand on est content.

Est-ce que certaines chansons ne sont pas aussi un moyen de régler des comptes ?

Oh! non. J’imagine que je fais beaucoup ça pour me rassurer, pour prendre du recul, comme une espèce d’exutoire. Donc que je parle d’une personne qui m’est proche ou que je parle d’un contexte général, je le traduis vraiment de la manière dont je le vis. Quand je fais de la musique, je me vois plus filtré un sentiment que vraiment donner un état de fait.

Dirais-tu que ta musique est engagée ?

L’engagement dont je fais part tous les jours, c’est la manière dont je fais ce métier.  C’est le principal en tout cas, c’est ce qui me prend le plus d’énergie. Après je n’aborde pas les thèmes de façon engagée, je n’ai pas l’impression d’être un artiste engagé. Je vois ce que tu veux dire, on pourrait dire que certains des morceaux le sont. En tout cas ce n’est pas une finalité.

Est-ce que tu doutes encore de ton utilité (en rapport avec le titre de l’album et de la chanson du même nom, ndlr), en tant qu’artiste mais aussi en tant qu’être humain, puisque c’est aussi abordé dans ta chanson ?

Les deux. Et vraiment cette chanson là parle des deux. Parce que comme je n’ai jamais voulu faire de la musique étant jeune, je n’ai pas l’impression d’assouvir un but en en faisant. Et c’est vrai que j’ai eu beaucoup de mal à me décrocher d’une certaine manière de faire que j’avais appris quand je faisais des boulots plus "normaux". Et le métier de musicien t’oblige, si tu veux le faire à 100%, à avoir un mode de vie, une conception des choses, une façon d’être peut-être différents des autres. Et encore aujourd’hui c’est un peu une lutte pour moi de faire les choses différemment. Et ça veut dire ça aussi, c’est que j’ai souvent du mal à trouver un sens à ça. Ayant fait beaucoup de boulots alimentaires je savais pourquoi je les faisais, quand j’avais mon chèque en fin de mois je savais quel en était le sens. Aujourd’hui je doute encore de ce que je fais, rapport aussi au statut de l’artiste dans notre société, précaire notamment avec l’intermittence (à ce moment il me raconte une blague à ce sujet, que je ne retranscrirais pas ici car il la raconte sur scène également et je ne vous gâcherais donc pas le plaisir de l’entendre, ainsi que la chute de celle-ci, de sa bouche, ndlr). Cependant je suis conscient de la place très importante qu’ont les artistes dans notre société, même si celle-ci nous les présente comme des gens en perte de sens. En tout cas la manière dont on nous les vend aujourd’hui manque de sens je trouve.

J’aime à dire que le moment où je n’en douterais plus peut-être que … ce ne sera pas bon. Le seul moment où je suis sûr de ce que j’ai envie de faire, c’est quand je suis sur scène, c’est tout son intérêt. C’est le moment où je suis dans l’action que je me sens à ma place. Quand je travaille en tant que producteur devant mon ordinateur et que je passe ma journée derrière un PC plutôt que de la passer derrière ma  guitare, là je me demande ce que je fais, souvent. Ne pas douter, c’est être certain que le chemin sur lequel on se trouve est le bon, et risquer d’être confronté à certains dangers. Douter, c’est une perspective pour appréhender des chemins différents.

Quelles sont tes références, musicales ou autres ?

La plupart d’entre elles sont américaines. Je trouve qu’il y a une poésie au Etats-Unis, un mode de rébellion aussi, comme c’est un pays qui souffre beaucoup. Je pense que majoritairement les Américains ne sont pas épanouis. Des gens comme Henry Miller (écrivain, ndlr ), qui a vu arriver la société de consommation dans laquelle on est jusqu’au cou, ou encore Ani Di Franco, m’inspirent vraiment. Celle-ci  est sans doute l’artiste qui m’a fait me dire que la musique pouvait être intéressante. Je n’ai pas voulu faire de la musique dès mon plus jeune âge, j’ai commencé à jouer à 25 ans, et c’était pour des raisons surtout financières. J’avais remarqué que les musiciens qui jouaient dans les cafés et qui faisaient tourner un chapeau dans la salle sortaient avec pas mal d’argent. Je trouvais ça intéressant aussi pour arrondir les fins de mois. Après c’est un métier qui donne une grande marge de liberté et dont il est très difficile de se passer une fois qu’on a mis les pieds dedans.

Ton dernier album, comme tes trois premiers, est sorti sur le label A brûle pourpoint, que tu as créé, et que tu as conservé malgré des offres de maisons de disque de te produire. Pourquoi ce choix ?

C’est né d’une volonté, comme certains artistes même s’ils sont rares en France, d’être mon propre producteur. Ce qui s’est passé, c’est que j’avais été voir des maisons de disques au tout début avec une maquette, et on ne m’avait pas vraiment pris au sérieux. J’avais trouvé ça bête puisque c’est quand même au début que t’as besoin de support. Du coup, mais comme la plupart des artistes le font, j’ai commencé à travailler par moi-même et je me suis dit que tant que ça progressera comme ça, je n’irais pas signer dans une major ou chez un autre producteur. L’idée c’est ça, ce n’est pas d’être contre les majors de manière générale, même si je ne suis pas en accord avec tout ce qu’elles peuvent faire, d’essayer d’oublier le facteur "temps", ce qui fait qu’on veut signer chez un producteur pour faire un disque plus vite.

Qu’est-ce qui te manque aujourd’hui ?

Hé! bien, je me dis que peut-être si j’avais commencé la musique avec dix ans d’avance au lieu de faire autre chose, j’aurais dix ans d’avance, donc j’ai toujours l’impression qu’il me manque dix ans. Quand je dis ça aux musiciens qui sont autour de moi ils me disent: "Mais non pas du tout, t’aurais pas fait la même chose si t’avais commencé plus tôt". Mais je pense que c’est aussi un élément moteur, qui à la base est plutôt une contrainte, puisque j’ai toujours l’impression de pas faire assez; du coup je bosse d’autant plus, pour essayer de rattraper ces dix ans de retard. En même temps Henry Miller a commencé à écrire à 30 ans, c’est ce qui m’a rassuré quand j’ai commencé.

www.batlik.com (prochaines dates de concert sur le site et le myspace)

www.myspace.com/batlik

www.lerackam.com/ (salle de musiques actuelles à Brétigny-sur-Orge, Essonne)

www.myspace.com/imbertimbert (en 1ère partie de Batlik sur quelques dates. Ça vaut le détour !)

Mis à jour : 09/12/2007

Remerciements : Jeannette et Bérengère du Rack’am

Sources : Jérôme CASSE

Copyright : UNIVARTS © 2007 - Tous droits réservés

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