Faites l'amour, pas la guerre !
Auteur : Annick BIDALLIER
Date de publication : 09/12/2006
Raymond Vinciguerra vient de monter au Théâtre Gyptis de Marseille Lysistrata d’Aristophane, traduite et adaptée par Jean Todrani. Cette pièce est un fabuleux réquisitoire contre la guerre, avec les femmes en première ligne, privant les hommes de leur corps jusqu'à ce que la paix soit conclue.
Femmes Corses contre la violence, Colombiennes en grève des cuisses serrées pour obliger leur alter ego à abandonner le revolver… La femme serait-elle l'avenir de l'homme en étant la colombe de la paix ? C'est en tout cas le rôle que le poète athénien Aristophane voulait qu'elle endosse pour faire la leçon aux hommes. Lysistrata fût jouée pour la première fois en 411 avant JC alors que Sparte et Athènes se déchiraient dans l’interminable guerre du Péloponnèse, sans vainqueurs ni vaincus, avec comme seul butin la ruine et la désolation.
La pièce d’Aristophane est une fabuleuse bouffonnerie dans laquelle on voit Lysistrata l’Athénienne entraîner derrière elle toutes les femmes de la Grèce pour s’emparer de l’acropole, priver les hommes de leur trésor de guerre, et les convaincre de faire la paix. A la confiscation du nerf de la guerre s’ajoute un autre moyen de pression extrêmement dissuasif : le sexe. Plus de rapports amoureux tant que dure la guerre !
Il s’ensuit d’hilarantes négociations entre les résistantes assiégées et les assaillants désemparés. Le jeu de la séduction s’en mêle entretenant le suspens. Qui parmi les hommes et les femmes va céder à la tentation, et quel camp va l'emporter au final ? Féministe, Aristophane fait gagner les femmes, ces citoyennes de second rang, et tout se termine autour d’un banquet dionysiaque avec la paix enfin conclue.
Plus de 2000 ans plus tard, le réquisitoire d’Aristophane contre la guerre reste hélas d’actualité. C’est ce qui a incité Raymond Vinciguerra à reprendre Lysistrata, avec en toile de fond ces conflits urbains d’un genre nouveau qui s’éternisent. Les Balkans ne sont pas loin et la mise en scène s’est inspirée de l’univers fantasque et poétique d’Emir Kusturica ou de Bohumil Rhabal, avec leurs créatures sensuelles à l’imagination débridée, portant leurs obsessions à la hauteur de la langue colorée et truculente d’Aristophane. C’est bien connu, la satire est l’arme préférée du poète, et à défaut de mettre sa cible hors d’état de nuire, elle a au moins le mérite de traverser le temps.
Du 5 au 16 décembre au Théâtre Gyptis - 136, rue Loubon 13003 Marseille
Réservations : 04 91 11 00 91 ; Représentations : les mardis, vendredis, samedis à 20h30 / les mercredis, jeudis à 19h15
Mis à jour : 01/01/2008
Credits photos : François Mouren-Provensal
Remerciements : France Nedellec
Copyright : UNIVARTS © 2006 - Tous droits réservés
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