L'artiste présente sa future exposition
Auteur : Céline MAURICE
Date de publication : 09/05/2006
Vous ne pourrez faire autrement, que de retenir son nom. D’abord pour son originalité mais aussi tant il peut coller à la personne paradoxale qu’est Céline. Un visage et une voix doucement posée pour une énergie artistique qui se révèle débordante. Cette jeune femme, québécoise, est abonnée d'Univarts. Elle renferme des trésors de vie et d’inspiration dans sa boîte de pandore. Pour Univarts, Céline, nous dresse un tableau de « son » art et de sa future exposition : Glamorama.
L’art est pour moi une forme essentielle de liberté. J’ai l’impression que l’art est actuellement un des rares espaces où l’être humain peut encore s’exprimer sans trop de censure. En ce sens, l’art, et la liberté qu’il procure, sont, plus que jamais, nécessaires au genre humain. Pour moi, l’art n’est pas un luxe. Ça n’est pas seulement le produit - le tableau, par exemple - mais c’est aussi, et surtout, l’expérience, la réflexion, le cheminement qu’a fait vivre le tableau à l’artiste. En peinture, j’ai tout de suite voulu peindre de grandes fresques spectaculaires avec de belles femmes et des hommes nus sur des chevaux à poil long. Cependant, lorsque j’ai découvert la peinture abstraite, la simplicité et le côté design et chic de cet art épuré m’a complètement séduite. J’ai donc décidé de ne pas choisir et de faire cohabiter ces deux mondes… pour le meilleur ou pour le pire !
Je suis un reflet de ma génération. J’ai grandi avec un téléviseur couleur au salon, avec des annonces en tout genre dans les lieux publics, dans un monde où je suis bombardée d’images sans répit. En quelques clics, en quelques secondes de zapping, je peux voir des chanteuses d’opéra, suivies d’images pornographiques, de bagues de fiançailles, d’énormes hamburgers, d’enfants mourants de faim, de souliers italiens, d’insecticides à pelouse… J’en ai vite conclu que j’avais un très vaste choix de thèmes à exploiter et j’en ai choisi quelques uns qui illustrent bien, selon moi, les associations incongrues qui surviennent à notre époque. Pour moi, ce qui semble aux antipodes fait partie d’un vaste tout dans lequel ces extrêmes cohabitent dans notre monde chaotique. C’est pour cela que le beau et le laid, la grandeur et la bassesse, le drôle et le dramatique se croisent souvent dans mon travail. Je reflète ce que je vois de notre monde.
Avec Glamorama, je rends hommage à toutes les heures laborieuses que les femmes ont, et vont passer, à se peindre les ongles. D’ailleurs nous avons des preuves que depuis Cléopâtre, les femmes avaient compris l’essence même du monochrome et du minimalisme en peignant elles-mêmes des miniatures monochromatiques sur leurs ongles. Eh oui, qu’y a-t-il de plus minimal qu’un ongle ? J’ai souhaité « remettre les pendules à l’heure » et mettre cette noble activité sur le piédestal qui lui est dû. Le travail des femmes est toujours diminué, dévalorisé : on n’a jamais pris l’application de vernis à ongles au sérieux, ni en art ni en philosophie, et c’est un crime ! En fouillant l’histoire on s’aperçoit qu’il n’y a pas eu de réel penseur qui s’est posé la question de l’ongle et en ce sens, je peux dire sans trop de prétention que je suis une pionnière dans le domaine. Et puis il y a une mode épouvantable autour du faux ongle ici en Amérique. Les femmes paient jusqu’à 100.00$ canadiens pour se faire coller ces excroissances de plastique, sur lesquelles elles se font ajouter des paillettes, des pierres précieuses de plastique et même des tranches de coquillage ! Leurs mains ressemblent davantage à une patte d’animal sauvage qui serait passé par le Carnaval de Rio qu’à une partie gracieuse et élégante du corps humain. Ce qui attise bien entendu mon amour du grotesque et du ridicule.
Glamorama présentera des tableaux en faux ongles, des portraits très réalistes au fusain et enfin des tableaux noirs laqués où l’on peut voir quelques faux ongles rouges vifs, parfois roses, qui « grattent » la surface.
Je crois fermement que l’art a un pouvoir de transformation. Les média artistiques qui sont les plus aptes, selon moi, à servir le politique, sont la vidéo et le web. Cependant je crois plutôt que c’est ma vie d’artiste qui me pousse à faire des actions pour faire évoluer les choses. Je ne crois pas qu’un tableau ou qu’une chanson ait jamais vraiment changé le monde. Par contre, les artistes étant souvent des être très sensibles au sort des autres, ils se sont constamment impliqués dans les débats et les actions politiques.
Une stabilité financière qui puisse me permettre de me consacrer uniquement à ma production et à pouvoir enfin rémunérer mes dizaines de merveilleux collaborateurs, et une, ou plusieurs galeries, qui feront connaître mon travail à travers la planète…
Glamorama, du 25 mai au 17 juin 2006 à la galerie Joyce Yahouda de Montréal, 372, rue Ste-Catherine Ouest. Affaire à suivre…
www.univarts.com/espace/detail_espace/608_les_celine_b_la_terreur.html
www.univarts.com/espace/detail_espace/607_celine_b_la_terreur.html
Mis à jour : 09/05/2006
Credits photos : Alana RILEY
Copyright : UNIVARTS © 2006 - Tous droits réservés
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