Univarts - à vous de jouer

Presnum
Decouvrez Univarts
Partenariat
Comaa Corporation

Notre équipe rédactionnelle vous promet un concentré d'infos artistiques et culturelles !

oa

« Nous ne sommes pas des anges. »

 Charles Gonzalès devient Thérèse d'Avila. 

Auteur : Marie AGUETTANT
Date de publication : 14/03/2006

Augmenter la police Diminuer la police

De mémoire, d’incongru pas encore tout à fait digéré, d’audace manquant à imiter le culot de Charles Gonzales, risquons que le tableau qui introduit la pièce est à peu près celui de Thérèse d’Avila dansant un slow sur Polnareff : ça surprend autant. On cherche, on se torture les méninges pour trouver la source littéraire, la thèse novatrice qui viendrait au secours de notre pauvre petite cervelle qui n’imprime pas : rien à faire, cette Thérèse-là on la remet pas. On nous a peut-être simplement pas présentés ; ça doit être ça, faisons donc connaissance…

galerie top galerie left galerie btm galerie right


Euh, et là, qu’est-ce qu’elle a la dame ? Pourquoi elle met une noix de coco sous sa robe sur son bas ventre, bien à l’horizontale ? Le site www.charles-gonzales.com accueille en ces termes: La performance est viscérale [...] un contact direct, à la fois intellectuel, émotionnel et physique, avec les besoins du public. Dans un triptyque, entre Camille Claudel et Sarah Kane, Charles Gonzales met à l’honneur Thérèse d’Avila, « rien qu’une femme », celle qui « [meurt] de ne pas mourir ». Il devient la vieille carmélite à qui l’on a demandé de raconter sa vie tout en restant discrète sur ses actes les moins glorieux. Mais la femme est entière, bien incarnée en 3D, charnelle même ; elle a de l’humour, ne manque ni de relief ni de tempérament : elle ne pourrait pas taire les idées farfelues de la petite fille qu’elle était, les émois de l’adolescente et les désirs de la jeune femme. Elle ne serait pas sincère non plus si elle taisait l'emmerdement à l’asile des religieuses, l’agacement provoqué par un jeune prêtre prétentieux qu’elle baptise son « petit Sénèque ». Elle ne se croit pas très intelligente, bête pourquoi pas, et ne comprend pas tous les bouquins qu’elle dévore. Vivre en demi-mesure l'écoeure: les sentiments sont violents, la voix porte. Elle éprouve le besoin profond de remplir sa vie et tous les moyens ne sont jamais assez ; il reste toujours un vide qui la torture.

Charles Gonzalès déploie des trésors de tendresse et de virilité pour restituer les angoisses d’une âme, l’intransigeance d’une femme assez consternée par elle-même, mais attachée à trouver le mysticisme dans son humanité, sans abstraction dogmatique ni théologie plutôt absents de la pièce. On est loin de la figure éthérée saints. Pour reprendre les termes employés sur le site de la compagnie, on assiste à un mélange de contradictions : mystique et réaliste, malade et forte, féminine et virile, contemplative et manieuse d’affaires, une écrivaine de génie « sans lettres » !

Pendant des décennies, Thérèse connaît les souffrances et les humiliations d’une maladie incurable: elle a toujours « la sensation qu’une musaraigne [la] bouffe par le cul ». Charles Gonzalès révèle habilement le langage cru, le caractère emporté de la femme, d’autant plus touchante que le comédien se démène avec le corps meurtri de Thérèse comme ce champs de ruines incendiées, cette explosion nucléaire qui déferlent sur l’installation vidéo. Après une vision ou un soulagement temporaire, ces métaphores renvoient aussi aux sentiments de petitesse et d’abandon éprouvés en plein crash de retour à sa condition. Les illustrations sonores, les images sur le mur du fond de la scène étonnent autant qu’elles soulignent la modernité du personnage. La même Thérèse qui se fait répéter, à la fois ignorante et énervée, le mot oraison, celle-là encore qui désire un prêtre toute une nuit pour le détourner d’une amante, a été accusée d’illuminisme contre la foi catholique puis déclarée docteur de l’Eglise… Charles Gonzalès assène, malicieux et grave à la fois, quelque chose du genre : « [Et toutes ces religieuses], elles peuvent bien aller se faire foutre ailleurs : un Pater et un Ave leur suffiront. » Le comédien raconte avec ironie le partage de la dépouille enterrée couverte de chaux et retrouvée en parfait état de conservation, la poitrine magnifique, les seins parfaitement droits : tractations secrètes, l’un aura le bras, l’autre la mâchoire et ainsi de suite… On remercie Charles Gonzales d’avoir rendu à la sainte lisse ses traits de femme.

Réservez vos places et profitez des offres sur www.webguichet.com/pages/3530/charles_gonzales_devient_therese_d_avila_lucernair, Théâtre Lucernaire jusqu’au 22 avril 2006

Compagnie Théâtrale Charles Gonzalès
6, rue Euryale Dehaynin 75019 PARIS
Administration & Contacts :2, rue de la Cigale F-67000 STRASBOURG
Contact : +33 (0)3 88 45 84 86

Mis à jour : 22/03/2006

Credits photos : Compagnie Charles Gonzalès

Remerciements : Charles Gonzalès, Sebastien Kurtzemann

Copyright : UNIVARTS © 2006 - Tous droits réservés

0 commentaire

 

Se connecter avec Facebook ?
Autoriser Univarts à interagir avec votre compte et bénéficier de services supplémentaires au sein de votre compte.





 
Si vous possédez un compte Univarts, facilitez-vous la vie en vous connectant sur le site.